John Wesley prêchant
John Wesley créa une première association pieuse, le Holy Club, à l’université d’Oxford, en 1730. Elle se donnait pour fins la pratique d'un culte discipliné et communautaire et le secours aux malades et aux prisonniers. C’est la moquerie qui désigna les membres du Holy Club de « méthodistes » avant que John Wesley ne reprenne l'expression à son compte.
Un autre futur prédicateur célèbre, George Whitefield, fit partie du Holy Club. Si, avec le temps, il se distanciera de John et Charles Wesley, son amitié avec eux ne cessera jamais.
Malgré leur ardeur, qui les décida à embrasser la carrière de pasteur au sein de l'Église d'Angleterre, le doute tourmentait les frères Wesley. Un séjour aux États-Unis entre 1735 et 1738 leur permit d'en sortir. La fréquentation des Frères moraves en Géorgie les ouvrit en effet à de nouvelles idées sur Dieu, notamment la justification par la grâce (la liberté que Dieu se donne pour conférer la foi à qui lui plaît) qui s'opposait au dogme de la prédestination (où Dieu a fixé le sort de chacun de toute éternité) que professait l'Église d'Angleterre.
John et Charles Wesley finirent par rejeter tout à fait le dogme de la prédestination sans pour autant remettre en cause l'Église d'Angleterre elle-même. Par la suite, de retour au pays, ils crurent faire l'expérience de la grâce. John Wesley relata la sienne de cette manière :
« À neuf heures moins un quart, écrit-il, je sentis mon cœur pénétré d'une chaleur étrange. Je sentis que je me fiais au Christ, et au Christ seul, pour mon salut il me fut donné l'assurance qu'il avait enlevé mes péchés, et qu'il m'avait sauvée de la loi du péché et de la mort. »
Toutefois, pour John Wesley, être touché par la grâce ne revenait pas pour autant à disposer d'un viatique de salut. La grâce n'était qu'un premier pas vers une régénération nécessaire de sa conduite, aussi bien personnelle qu'envers les autres.
Au cours du temps, le méthodisme fut ainsi marqué par le développement d’une grande activité philanthropique : le secours aux pauvres (l’Armée du Salut, à la fin du XIXe siècle, fut fondé par un méthodiste), la création d’écoles et d’hôpitaux, la lutte sociale, notamment contre l’esclavagisme et l’alcoolisme, etc.
Pour revenir à John et Charles Wesley, ceux-ci voulurent propager leur nouvelle fois en espérant gagner l'Église d'Angleterre à leurs vues. Lancés dans des voyages aux quatre coins du royaume, ils prêchaient de manière enflammée auprès des classes défavorisées au cours de rassemblements en extérieur qui attiraient souvent des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes. L’exaltation pouvait atteindre de tels degrés qu’elle provoquait larmes et cris. Dans Anna of the Five Towns, roman d'inspiration naturaliste paru en 1902 qui se déroule, de façon déguisée, à Stoke-on-Trent, un des bastions du méthodisme en Angleterre, Arnold Bennet décrit ce genre de scènes tranchant brutalement avec un quotidien réglé et froid.
Outre le combat social, la prédication ouverte à tous, y compris aux femmes, fut un autre aspect important que vint à revêtir le méthodisme, ce en dépit de l'opposition de John Wesley qui était attaché à une organisation épiscopale (c'est-à-dire hiérarchisée) du culte à la façon de l’Église d'Angleterre.
Si John Wesley désirait une transformation pacifique de cette dernière, les relations demeurèrent tendues jusqu'à ce qu'une première rupture se produisit de son vivant aux États-Unis en 1784 puis, après sa mort en 1791, en Angleterre même dans les années 1830, quoique non officiellement, sous l'action d'un groupe mené par la comtesse Huntingdon.
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Quant aux sœurs Brontë, elles furent confrontées au méthodisme à travers leur tante Elizabeth Branwell qui avait quitté la Cornouailles (autre place forte du culte en Angleterre) pour venir s'occuper d'elles dans le Yorkshire après le décès de leur mère alors qu’elles étaient en bas âge. Toute la branche maternelle de leur famille appartenait de fait à cette confession.
Beaucoup ont supposé qu'Elizabeth Branwell fit régner une ambiance sinistre au sein des Brontë. Toutefois, il n'existe rien en témoignant. Par contre, des écrits de jeunesse voient Charlotte et Branwell Brontë tourner la prédication méthodiste en dérision. Plus tard, la première l'évoquera aussi de façon critique dans Shirley :
« (…) Séparée de miss Keeldar pour le présent, car elle ne pouvait aller la chercher au milieu de ses parents; éloignée de Fieldhead par la commotion qu'avaient produite les nouveaux arrivés, Caroline se trouva de nouveau confinée au sombre presbytère, aux promenades solitaires dans les sentiers écartés. Elle passait ses longues et tristes après-midi, tantôt assise dans le tranquille parloir que le soleil quittait vers le milieu du jour, tantôt, immobile comme une statue, dans le bosquet du jardin où ses rayons brillants, quoique tristes, passant à travers les groseilliers, venaient dessiner des carrés et des losanges sur sa blanche robe d'été. Là, elle lisait de vieux livres pris dans la bibliothèque de son oncle : les livres grecs et latins n'étaient d'aucun usage pour elle, et la collection de littérature légère qui avait appartenu à sa tante Mary n'avait rien de bien attrayant. Quelques vénérables Magazines pour les dames, qui avaient autrefois accompli un voyage en mer avec leur maîtresse et avaient essuyé une tempête, et dont les pages étaient salies d'eau salée; quelques absurdes Magazines méthodistes pleins de miracles, d'apparitions, d'avertissements surnaturels, de songes sinistres, et de fanatisme furieux; les non moins folles Lettres des Morts aux Vivants, de mistress Elisabeth Rowe; quelques vieux classiques anglais : de ces fleurs flétries Caroline avait dans son enfance extrait tout le miel, et elles étaient maintenant sans saveur pour elle. (…) »
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Le méthodisme fit de nombreux d'adeptes en Angleterre comme aux États-Unis dont il devint même la confession principale pendant un siècle, des années 1850 aux années 1950, avant d’être supplanté par le baptisme (au sujet duquel votre serviteur n’est pas en mesure de dire grand-chose sinon qu’il est marqué par le baptême à l’âge adulte et une organisation fondée sur des églises locales autonomes).
Pour conclure cet exposé certes rudimentaire, les méthodistes ont été aussi toujours particulièrement actifs dans le dialogue œcuménique. On mentionnera encore le fait que les negro-spirituals ont leurs racines dans les églises méthodistes noires du sud des États-Unis. Aujourd’hui, le méthodisme compte environ 80 millions de pratiquants de par le monde, la Corée du Sud constituant un de ses plus importants foyers de développement.
15 janvier 2014
