The Wanderer of the Moors est un blog dédié aux sœurs Brontë. Il est maintenant achevé. Les sœurs Brontë sont nées au début du XIXe siècle dans le Yorkshire, région alors industrielle au Nord-Est de l'Angleterre. Elles ont passé leur brève vie dans un certain isolement, pour la plus grande part à Haworth, bourg au pied de la lande qu'elles chérissaient. Elles se sont adonnées à l'écriture dès l'enfance en compagnie de leur frère Branwell (1817-1848) qui devait mourir alcoolique et drogué. Si Charlotte (1816-1855) est connue de tout un chacun pour Jane Eyre (1847), elle a écrit trois autres romans : Le Professeur (vers 1846, publié en 1857), Shirley (1849) et Villette (1853). Tous ont pour sujets communs l'amour et la réalisation de soi dans une société inégalitaire et patriarcale. Pour sa part, Emily (1818-1848) a développé un romantisme personnel et sombre dans ses poèmes et Les Hauts de Hurlevent (1847). Enfin, Anne Brontë (1820-1849) a traité d'abord du sort des gouvernantes d'après ses propres expériences dans Agnès Grey (1847), roman empreint particulièrement de piété. Inspirée probablement par son frère, elle s'est ensuite attaquée aux ravages de l'alcoolisme et de la débauche dans La Locataire de Wildfell Hall (1848).
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Les Luddites

« Je vous respectais, je vous admirais, je vous aimais (…) ; oui, autant que si vous eussiez été mon frère ; et vous, vous avez voulu faire de moi une spéculation ! vous m’immoleriez à votre fabrique, votre Moloch ! » 

Ainsi s’emporte Shirley devant la proposition en mariage intéressée de Robert Moore, confronté non seulement à la menace de faillite, mais aussi à la révolte de ses ouvriers contre la mécanisation. 

Avec Shirley, publié en 1849, Charlotte Brontë a offert un des très rares romans consacrés aux luddites (du nom de leur chef imaginaire, le général Ludd), restés dans la mémoire collective britannique pour les démolitions de machines auxquelles leurs griefs les entraînèrent entre 1811 et 1813. 

L'espèce de jacquerie industrielle que représenta le mouvement luddite débuta en mars 1811 dans le Nottinghamshire pendant que l’Angleterre était en pleine guerre contre Napoléon. Elle eut pour déclencheur la répression que les autorités exercèrent contre des tondeurs de draps qui manifestaient. Une partie de ces derniers ripostèrent alors en détruisant des métiers à tisser, action qui fut répétée au cours des mois suivants dans divers endroits du Nottinghamshire avant que l'agitation ne gagne le Yorkshire en 1812, puis le Lancashire en 1813. 

Dans son roman, Charlotte Brontë fait revivre l'ambiance de guérilla qui se développa dans sa région natale avec ses bandes d'ouvriers opérant la nuit pour jeter dans le marais des machines convoyées, assassiner un patron chez lui ou se lancer à l'assaut d'une usine. 

Les autorités réagirent d’abord au mouvement par l'adoption d'une nouvelle loi sur le travail qui contribua à diminuer les troubles dans le Nottinghamshire. Mais ensuite, devant la montée des violences ailleurs dans le pays, son attitude devint plus dure (ce que dénonça en 1812 Lord Byron dans un discours au Parlement où il siégeait) : envoi de la troupe (ces cavaliers qui passent au loin lors de la fête de la Pentecôte chez Charlotte Brontë), espions infiltrés, arrestations plus ou moins arbitraires, procès plus ou moins expéditifs avec au bout la déportation en Australie ou la peine de mort à laquelle fut condamné notamment George Mellor, le plus célèbre des meneurs luddites. 

Affaiblie, la révolte s'essouffla au cours de l'année 1813 même si elle connut des résurgences sporadiques avec l'attaque d'une usine à Loughborough (Lancashire) en 1816 et une tentative de soulèvement, tué pratiquement dans l’œuf, à Pentrich (Derbyshire) en 1817. 

Après avoir été mis en échec, le mouvement luddite ne survécut guère dans les mémoires. On en trouve peu mention dans le débat politique sur le machinisme qui prit place au cours du XIXe siècle au Royaume-Uni et qui vit la foi en ses bienfaits et ceux du libéralisme triompher. L’opinion prévalente dénonçait les luddites comme des rétrogrades stupides, y compris parmi les communistes sous la houlette de Karl Marx. 

Pour celui-ci, les luddites s'étaient trompés de cible. Ce n’était pas les machines qu'il leur eut fallu viser, mais leurs propriétaires en considérant les premières comme des instruments de libération et de bien-être pour le prolétariat pourvu qu'il en devînt le maître. 

Toutefois, à l'orée du XXe siècle, un autre regard commença à être jeté sur la lutte luddite pour y voir un produit de l'interdiction du syndicalisme. Plus tard, le célèbre historien marxiste, E. P. Thompson, voulut montrer dans sa grande œuvre, La formation de la classe ouvrière anglaise, comment cette lutte ne concernait pas seulement les machines, mais toute la société notamment sous l'influence du « radicalisme » de Thomas Payne. Dans Shirley, Charlotte Brontë critique ce courant politique britannique, qui resta toujours minoritaire, à travers les Yorke, famille haute en couleur de patrons-manufacturiers. 

Si la thèse d'E. P. Thompson souffrait de manquer de documents, elle a inspiré depuis sa parution de nombreux travaux de relecture de l'épisode luddite, par exemple dans la perspective de communautés locales faisant face, à travers le développement technologique, à un bouleversement social et un « séisme moral » selon l’expression de Charlotte Brontë dans Shirley


Cette expression de « séisme moral », Kirkpatrick Sale, un des plus importants penseurs anarchistes de notre époque, l'a reprise dans son essai Les Nouveaux Luddites (Rebels against the Future, 1995) dont je voudrais toucher deux mots. 

Tout au contraire de faire des luddites des épouvantails de chair plantés au milieu de précieuses machines, Kirkpatrick Sale y a trouvé pour sa part de quoi méditer avec profit sur les avancées technologiques. 

Selon lui, si « les machines changent, pas le machinisme (…) La technologie n’est pas neutre. Les outils ne sont en rien capables du meilleur comme du pire, en fonction de l’utilisateur (…) La technologie s’accompagne d’une logique inévitable [portant] en elle les valeurs et les finalités du système qui lui donne naissance. » Cette logique serait celle de « la croissance et de la production, de la vitesse et de la nouveauté, de la puissance et de la domination, autant de valeurs vouées à occasionner des changements continus, rapides et perturbateurs à tous les niveaux de la société »

Les luddites auraient prévu, confusément, ces implications de l’industrialisation : 

« Parce que la technologie est par nature artificielle (…), elle tend à éloigner les humains de leur environnement et à les y opposer. » 

Et elle le ferait de manière d’autant plus irrésistible qu’elle serait devenue un credo d’État et de société, que ceux-ci soient démocratiques ou pas, imprégnant à tel point notre vision du monde qu'elle nous paraîtrait naturelle. 

Kirkpatrick Sale croit cependant qu'une alternative est possible en se fondant sur les exemples de certaines communautés existantes, comme les amish ou les Indiens aux États-Unis, qui jouissent à ses yeux de « moins de confort, mais de rapports plus unis et fraternels, harmonieux et réguliers, dépourvus en général, de crimes, d’addictions, d’anomie, de pauvreté ou de suicides »

En attendant, Kirkpatrick Sale signale que « n’importe qui peut résister » en rejetant le consumérisme même si cela n'est pas suffisant : 

« Aujourd’hui la tâche politique d’une résistance – au-delà des actes silencieux auxquels appelle Mumford – est d’essayer de rendre moins invisibles la culture de l’industrialisme et ses postulats. » 

Pour ma part, sans être (comme Charlotte Brontë) un anarchiste, je trouve que chacun à la fin devrait réfléchir à la question de façon profonde : peut-on sérieusement prétendre, à l'heure de la banquise qui fond à cause de l'activité industrielle, que l’invention d’un 4x4 amphibie fonctionnant à l’énergie solaire constituera notre planche de Salut ? 

1er mai 2013 

Bibliographie : 

Charlotte Brontë : Shirley, in collection Bouquins, Robert Laffont, 1992. (Éd. or.  : 1849.) 

Vincent Bourdeau, François Jarrige & Julien Vincent : Les Luddites, Éditions Ere, 2006. 

Kirkpatrick Sale: : La Révolte luddite, L’échappée, 2006. (Éd. or. : Rebels against The Future, Perseus Publishing, 1995.)

Le duc de Wellington

Arthur Wellesley, duc de Wellington (1769–1852), est connu universellement comme le vainqueur de Napoléon à Waterloo. Mais au cours de sa vie vouée au service de son pays, il fut aussi un homme politique de premier plan. 

Pour cette figure mythique de l’histoire mondiale, Charlotte Brontë eut une grande admiration dès son enfance jusqu'à en faire un des personnages principaux de son univers de Glass Town et même lui inventer un troisième fils particulièrement turbulent, le duc de Zamorna (cf. rubrique Juvenilia). 

Portrait du duc de Wellington – Francisco Goya 
(Source de l'image : Wikimedia Commons)

Le duc de Wellington naquit à Dublin en 1769 sous le nom de baptême d’Arthur Wesley (il sera transformé en Wellesley plus tard) au sein d’une famille noble d’origine anglaise. L’Irlande subissait alors (et pour longtemps encore jusqu’à son indépendance en 1922 ) un joug brutal de la part de ses colonisateurs : privation de droits civiques, dépossession des terres, misère extrême, famines (400 000 morts en 1740 et 1741), etc. 

Au cours de ses jeunes années, Arthur Wesley ne témoigna d'aucun talent particulier à la différence de son frère aîné Richard qui devait aussi occupait de hautes charges politiques. 

Il perdit son père en 1781 alors qu'il avait 12 ans. Entre cette même année et 1784, il fit un séjour pénible à Eton avant de partir vivre avec sa mère à Bruxelles pendant un an, puis d'entrer au sein de l’Académie royale d’équitation d’Angers qu'il quittera fin 1786, à l'âge de 17 ans. 

Son frère Richard, devenu Lord junior de la trésorerie du gouvernement Pitt, sollicita alors pour lui une commission militaire. Put ainsi lui être acheté (comme cela se faisait couramment à l’époque) un poste d’enseigne dans le 73ème régiment d’infanterie au début de l'année 1787. Quelques mois plus tard, toujours grâce à l’entremise de son frère, Arthur Wesley fut nommé aide de camp du nouveau gouverneur d’Irlande. Il siégera aussi au parlement local entre 1790 et 1793 sans se distinguer. 

Durant cette période, Arthur Wesley se fiança à Catherine Pakenham qu'il n'épousera qu'en 1806, une fois fortune réalisée. 

Promu lieutenant-colonel, il suivit son régiment en 1794 sur le front hollandais contre le « Leviathan » révolutionnaire français. Cette campagne sera un échec, les troupes britanniques manquant d'organisation. « J’ai appris tout ce qu’il ne faut pas faire », déclara plus tard Arthur Wesley. 

Après avoir retrouvé sa place au sein du parlement irlandais en 1795, la frustration de ne pouvoir faire avancer sa carrière politique le poussa à nouveau à partir avec son régiment, cette fois pour les Indes où, comme colonel, il posa les pieds au début de l'année 1797. 

Il y accueillit peu de temps ensuite son frère Richard qui, en tant que gouverneur général nouvellement désigné, avait la mission d'établir sur les Indes la souveraineté officielle du Royaume-Uni dont le pouvoir s'était exercé jusque lors sous le couvert des entreprises commerciales de la Compagnie de l’Inde de l’Est

À la carrière plus rapide que son cadet Arthur, c'est Richard Wesley qui modifiera leur nom en 1798 dans l'idée de lui donner une consonance plus noble. 

Toutefois, celui qu'il fallait appeler dorénavant Arthur Wellesley commença à s'illustrer à son tour au cours de guerres menées contre les puissances indiennes locales, notamment le Maïssour, allié à la République française, puis l’Empire de Maratha. Il révéla un sens précieux de la diplomatie. 

Couvert d'honneurs – il devint gouverneur du Seringapatam et du Maïssour en 1799, fut promu major général en 1802 et fait chevalier de l’ordre du bain en 1804 – Arthur Wellesley se lassa finalement des Indes et retourna, en compagnie de son frère, en Angleterre en 1805. 

Après avoir participé à une nouvelle expédition manquée dans le nord de l'Allemagne contre la France, maintenant napoléonienne, il décida de s'abstraire de la vie militaire en 1806 pour siéger au parlement anglais dans les rangs Tories. 

C'est aussi en 1806 qu'il put donc enfin épouser Catherine Pakenham même s'il n'éprouvait que des sentiments tièdes à son égard. Deux fils, Arthur en 1807, puis Charles en 1808 furent le fruit de cette union. Souvent séparé de sa femme en raison de sa carrière, Arthur Wellesley aura plusieurs maîtresses. 

Au début de l’année 1807, Arthur Wellesley fut nommé secrétaire général de l'Irlande, annexée tout à fait au Royaume-Uni en 1801 à la suite d'un soulèvement populaire en 1798. Il s’employa fermement à faire respecter l'ordre quoique sans barbarie. 

Toutefois, dès le mois de mai 1807, il résigna ses fonctions pour se joindre à une expédition britannique destinée à empêcher les Français, qui avaient mis en place un blocus économique épuisant contre le royaume, de s'emparer la flotte danoise. Après la victoire de Trafalgar conduite par le vice-amiral Nelson en 1805, le succès de cette opération assura la mainmise sur les mers des Britanniques. 

Arthur Wellesley mena alors une longue campagne sur la péninsule ibérique contre Napoléon. Malgré deux premières victoires marquantes au Portugal (Roliça et Vimeiro), son entêtement fut nécessaire pour décider le parlement, jusque là hésitant, à s’engager à l’intérieur de l’Espagne. Une entreprise d'usure faite d’avancées, de reculs, de prises et de reprises, etc., permit à Wellesley et ses hommes de repousser finalement l'armée impériale derrière les Pyrénées en 1814. Napoléon, qui était mis à mal aussi sur le front de l'Est, abdiqua peu de temps ensuite.

C’est ce grand succès qui valut à Arthur Wellesley le titre de duc de Wellington de la part de ses compatriotes reconnaissants. Sous celui-ci, il empêchera au cours du Congrès de Vienne que la France soit trop affaiblie afin de maintenir l’équilibre des forces européennes. 

Napoléon compta alors bien déjouer tous ces plans en fuyant l’île d'Elbe et en reconquérant le pouvoir en France, mais le duc de Wellington, appuyé par les armées prussiennes, réussira à le vaincre rapidement et définitivement à Waterloo en 1815. 

Tandis que l'empereur déchu connaîtra un nouvel exil, cette fois sur la lointaine île de Sainte-Hélène perdue dans l’Atlantique où il mourra, mélancolique et malade, en 1821, le duc de Wellington de son côté, qui échappera à une tentative d’assassinat en France en 1818, reprendra sa carrière politique. Celle-ci le mènera au poste de Premier ministre en 1828 même s'il deviendra assez vite impopulaire et qu'il démissionnera en 1830. 

Il fut à nouveau Premier ministre en 1834, mais seulement de façon très brève à titre de suppléant avant l'entrée en fonction de Robert Peel. Après quoi, le duc de Wellington fut encore ministre par deux fois, d'abord en 1835 (affaires étrangères), puis de 1841 à 1846 (sans portefeuille) tout en étant leader à la chambre des Lords avant de se retirer définitivement du monde politique. 

Demeurant commandant en chef de l'armée britannique, il mourut, veuf depuis 1831, dans sa propriété de Walmer en 1852 à l'âge de 83 ans. Le Royaume-Uni lui rendit alors un vibrant hommage par l’organisation d’obsèques nationales. 


Comme nous l'avons déjà évoqué au début, Charlotte Brontë se plut dans son enfance à faire vivre au duc de Wellington des aventures imaginaires au sein de Glass Town. Plus tard, elle célébra en français l'héroïsme du vainqueur de Napoléon dans un de ses devoirs composés lors de son séjour en pension à Bruxelles entre 1842 et 1844. Surtout, elle rappela dans Shirley, en 1849, son exemplarité quand le Royaume-Uni se déchirait quelque peu contre la France. 

Tout un monde séparait le duc de Wellington et Charlotte Brontë. Cependant, en 1850, elle put l'apercevoir une fois de loin grâce à son éditeur, George Smith, au moment de l’office du dimanche à la chapelle royale de Londres auquel il assistait chaque semaine. 

14 juillet 2013 

Bibliographie : 

Jacques Chastenet : Wellington, Fayard, 1944, réédité au moins jusqu’en 1979.

La grande exposition du Crystal Palace en 1851

Charlotte Brontë visita par cinq fois cette grande exposition non sans confesser avoir fini par éprouver de la lassitude face à son ampleur et la foule s'y pressant.


Organisé par la Royal Society for the Encouragement of Arts, Manufacture and Commerce, qui comptait comme membre illustre le prince Albert, époux de la reine Victoria, l'événement avait pour dessein de célébrer le progrès industriel dont le Royaume-Uni était alors le leader. 

Pour l’accueillir, on décida d’édifier un bâtiment spécial à l'existence temporaire. Sa conception fut confiée à Joseph Paxton, jardinier-paysagiste renommé, qui dressa les plans d’un immense palais de verre au caractère innovant pour l'époque par son recours à des éléments préfabriqués standardisés. 

Ainsi ne fallut-il que quelques mois pour voir sortir de terre le Crystal Palace à Hyde Park où pas moins de cent mille objets en provenance du monde entier devaient être rassemblés, pour moitié de l’Empire britannique lui-même, la France étant à sa suite la plus importante contributrice. 

Dans le cadre d’une décoration somptueuse, cette myriade d'objets comprenait des machines, des outils ou des ustensiles ménagers, des produits textiles, de la porcelaine, de la verrerie, etc., ainsi que des œuvres d’art et des curiosités comme le fameux Koh-i-Noor – diamant « confisqué », selon la terminologie officielle, par la Compagnie britannique des Indes orientales au régime sikh en 1850 avant finalement d'être offert à la reine Victoria – dans l'idée, je suppose, de glorifier les vertus du Libre-échange. 

Au cours des six mois qu'elle dura, l'exposition vit les visiteurs affluer du royaume britannique comme du continent. Le total de ceux-ci atteignit les six millions. C'est à la suite de ce formidable succès que les grandes expositions devaient fleurir partout en Europe et aux États-Unis, puis dans le reste du monde jusqu’à aujourd’hui. Pour l'anecdote, la tour Eiffel fut édifiée à l'occasion d'une entre elles à Paris en 1889. 


Comme nous l’avons mentionné, il était prévu que le Crystal Palace soit démantelé à la fin de l’exposition. Toutefois, un consortium le racheta et le remonta, avec des modifications, à Sydenham Hill non loin d'Hyde Park. Un incendie mémorable devait finalement en causer la destruction en 1936 et ainsi enrichir – pour ainsi dire – l'histoire de Londres en la matière. 

13 novembre 2013

Le réveil méthodiste

Le méthodisme est une confession protestante ayant pris son essor en Angleterre au XVIIIe siècle. Sous la conduite du charismatique John Wesley (1703-1791) et de son frère Charles (1707 – 1788), il marqua un « réveil » de la foi (« awakening ») à une époque de bouleversements de tous ordres pour le pays : politique d'abord avec l’affaiblissement du pouvoir royal au profit du régime parlementaire, socio-économique ensuite avec le début de la Révolution industrielle qui vit augmenter la misère, spirituelle enfin avec les avancées de la science et une église officielle coupée des masses. Les problèmes posés par ces évolutions étaient tels qu'ils engendraient sporadiquement des troubles violents. 

John Wesley prêchant

John Wesley créa une première association pieuse, le Holy Club, à l’université d’Oxford, en 1730. Elle se donnait pour fins la pratique d'un culte discipliné et communautaire et le secours aux malades et aux prisonniers. C’est la moquerie qui désigna les membres du Holy Club de « méthodistes » avant que John Wesley ne reprenne l'expression à son compte. 

Un autre futur prédicateur célèbre, George Whitefield, fit partie du Holy Club. Si, avec le temps, il se distanciera de John et Charles Wesley, son amitié avec eux ne cessera jamais. 

Malgré leur ardeur, qui les décida à embrasser la carrière de pasteur au sein de l'Église d'Angleterre, le doute tourmentait les frères Wesley. Un séjour aux États-Unis entre 1735 et 1738 leur permit d'en sortir. La fréquentation des Frères moraves en Géorgie les ouvrit en effet à de nouvelles idées sur Dieu, notamment la justification par la grâce (la liberté que Dieu se donne pour conférer la foi à qui lui plaît) qui s'opposait au dogme de la prédestination (où Dieu a fixé le sort de chacun de toute éternité) que professait l'Église d'Angleterre. 

John et Charles Wesley finirent par rejeter tout à fait le dogme de la prédestination sans pour autant remettre en cause l'Église d'Angleterre elle-même. Par la suite, de retour au pays, ils crurent faire l'expérience de la grâce. John Wesley relata la sienne de cette manière : 

« À neuf heures moins un quart, écrit-il, je sentis mon cœur pénétré d'une chaleur étrange. Je sentis que je me fiais au Christ, et au Christ seul, pour mon salut il me fut donné l'assurance qu'il avait enlevé mes péchés, et qu'il m'avait sauvée de la loi du péché et de la mort. » 

Toutefois, pour John Wesley, être touché par la grâce ne revenait pas pour autant à disposer d'un viatique de salut. La grâce n'était qu'un premier pas vers une régénération nécessaire de sa conduite, aussi bien personnelle qu'envers les autres. 

Au cours du temps, le méthodisme fut ainsi marqué par le développement d’une grande activité philanthropique : le secours aux pauvres (l’Armée du Salut, à la fin du XIXe siècle, fut fondé par un méthodiste), la création d’écoles et d’hôpitaux, la lutte sociale, notamment contre l’esclavagisme et l’alcoolisme, etc. 

Pour revenir à John et Charles Wesley, ceux-ci voulurent propager leur nouvelle fois en espérant gagner l'Église d'Angleterre à leurs vues. Lancés dans des voyages aux quatre coins du royaume, ils prêchaient de manière enflammée auprès des classes défavorisées au cours de rassemblements en extérieur qui attiraient souvent des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes. L’exaltation pouvait atteindre de tels degrés qu’elle provoquait larmes et cris. Dans Anna of the Five Towns, roman d'inspiration naturaliste paru en 1902 qui se déroule, de façon déguisée, à Stoke-on-Trent, un des bastions du méthodisme en Angleterre, Arnold Bennet décrit ce genre de scènes tranchant brutalement avec un quotidien réglé et froid. 

Outre le combat social, la prédication ouverte à tous, y compris aux femmes, fut un autre aspect important que vint à revêtir le méthodisme, ce en dépit de l'opposition de John Wesley qui était attaché à une organisation épiscopale (c'est-à-dire hiérarchisée) du culte à la façon de l’Église d'Angleterre. 

Si John Wesley désirait une transformation pacifique de cette dernière, les relations demeurèrent tendues jusqu'à ce qu'une première rupture se produisit de son vivant aux États-Unis en 1784 puis, après sa mort en 1791, en Angleterre même dans les années 1830, quoique non officiellement, sous l'action d'un groupe mené par la comtesse Huntingdon. 


Quant aux sœurs Brontë, elles furent confrontées au méthodisme à travers leur tante Elizabeth Branwell qui avait quitté la Cornouailles (autre place forte du culte en Angleterre) pour venir s'occuper d'elles dans le Yorkshire après le décès de leur mère alors qu’elles étaient en bas âge. Toute la branche maternelle de leur famille appartenait de fait à cette confession. 

Beaucoup ont supposé qu'Elizabeth Branwell fit régner une ambiance sinistre au sein des Brontë. Toutefois, il n'existe rien en témoignant. Par contre, des écrits de jeunesse voient Charlotte et Branwell Brontë tourner la prédication méthodiste en dérision. Plus tard, la première l'évoquera aussi de façon critique dans Shirley : 

« (…) Séparée de miss Keeldar pour le présent, car elle ne pouvait aller la chercher au milieu de ses parents; éloignée de Fieldhead par la commotion qu'avaient produite les nouveaux arrivés, Caroline se trouva de nouveau confinée au sombre presbytère, aux promenades solitaires dans les sentiers écartés. Elle passait ses longues et tristes après-midi, tantôt assise dans le tranquille parloir que le soleil quittait vers le milieu du jour, tantôt, immobile comme une statue, dans le bosquet du jardin où ses rayons brillants, quoique tristes, passant à travers les groseilliers, venaient dessiner des carrés et des losanges sur sa blanche robe d'été. Là, elle lisait de vieux livres pris dans la bibliothèque de son oncle : les livres grecs et latins n'étaient d'aucun usage pour elle, et la collection de littérature légère qui avait appartenu à sa tante Mary n'avait rien de bien attrayant. Quelques vénérables Magazines pour les dames, qui avaient autrefois accompli un voyage en mer avec leur maîtresse et avaient essuyé une tempête, et dont les pages étaient salies d'eau salée; quelques absurdes Magazines méthodistes pleins de miracles, d'apparitions, d'avertissements surnaturels, de songes sinistres, et de fanatisme furieux; les non moins folles Lettres des Morts aux Vivants, de mistress Elisabeth Rowe; quelques vieux classiques anglais : de ces fleurs flétries Caroline avait dans son enfance extrait tout le miel, et elles étaient maintenant sans saveur pour elle. (…) » 


Le méthodisme fit de nombreux d'adeptes en Angleterre comme aux États-Unis dont il devint même la confession principale pendant un siècle, des années 1850 aux années 1950, avant d’être supplanté par le baptisme (au sujet duquel votre serviteur n’est pas en mesure de dire grand-chose sinon qu’il est marqué par le baptême à l’âge adulte et une organisation fondée sur des églises locales autonomes). 

Pour conclure cet exposé certes rudimentaire, les méthodistes ont été aussi toujours particulièrement actifs dans le dialogue œcuménique. On mentionnera encore le fait que les negro-spirituals ont leurs racines dans les églises méthodistes noires du sud des États-Unis. Aujourd’hui, le méthodisme compte environ 80 millions de pratiquants de par le monde, la Corée du Sud constituant un de ses plus importants foyers de développement. 

15 janvier 2014