Considéré comme un joyau de la littérature mondiale, Les Hauts de Hurlevent ont donné lieu à de multiples adaptations à l'écran aussi bien en Angleterre ou en Italie qu'en Turquie ou au Japon.
Il n'est dans mon intention de tenir un propos général à leur sujet puisque je n'ai pu en voir que quelques-unes, mais quant à celles-ci, il est certain qu'elles m'ont toutes laissé insatisfait à un titre ou un autre.
La plupart ont souffert d'abord à mes yeux de trancher Les Hauts de Hurlevent en deux pour ne conserver que sa première partie consacrée à la passion destructrice entre Heathcliff et Catherine.
Ensuite, ce qui m'a frappé, c'est la différence et la variété des traits offerts par les personnages à l'écran par rapport au roman, surtout en ce qui concerne Heathcliff : au cœur tendre (Hollywood 1939) ou sauvage (BBC 1970), pâtre hagard (BBC 1967) ou gentilhomme sûr de sa diction apprise à la Comédie Française (ORTF 1968), brute des entrepôts à la Marlon Brando (PBS/ITV 2009) ou adorable à déchaîner son ressentiment en coupant du bois (RAI 2004), face à tous ces avatars de son grand amour, comment voulez-vous que le fantôme de Catherine s'y retrouve pour faire peur au bon ?
« Et puis je m'en fiche, voyons où vit mon chouchou, Alessio Boni... »
Ne parlons pas non plus des libertés prises avec les événements, par exemple comme quand on se plaît à faire s'embrasser fougueusement Catherine et Heathcliff dès l'adolescence alors qu'ils ne le font dans le roman que de façon désespérée avant la mort de la première.
Par contre, s'il est au moins une chose que j'ai retrouvée à chaque fois devant mon écran, c'est une Nelly Dean affichant ses 45 ans sonnés et restant bien à sa place subalterne de servante aux répliques éparses – alors qu’Emily Brontë lui donna le même âge que Catherine et Heathcliff et en fit la principale et savoureuse narratrice de leur histoire.
Indûment faut-il croire.
Ainsi, Les Hauts de Hurlevent me sont apparus, non seulement comme un roman dans lequel on n’hésite pas à tailler dans le vif de l’intrigue, mais dont on transforme aussi volontiers le sens, le plus souvent moins pour des motifs artistiques que commerciaux selon les goûts de l'époque.
Dans son introduction à une édition en poche (Penguin Classics, 2003), Pauline Nestor va jusqu’à dire que Les Hauts de Hurlevent poursuivent deux vies parallèles depuis son adaptation hollywoodienne à succès de 1939. L’une est celle d’une œuvre ambitieuse interrogeant la passion et un possible au-delà, l’autre, une romance populaire tourmentée où l’amour triomphe de la mort.
Et quand il s'agirait de faire se rejoindre ces « deux vies parallèles », cela reviendrait à se retrouver avec un sac de nœuds comme en témoigne cet extrait de la présentation de l'adaptation de 2009 des Hauts de Hurlevents sur la chaîne culturelle américaine PBS :
Il y a certes de quoi avoir des hauts le cœur devant un tel esprit de show de surcroît trompeur. En effet, après sa parution en 1847, Les Hauts de Hurlevent sont tombés dans un certain oubli pendant quelques décennies.
Enfin, puisqu'on peut faire n'importe quoi avec Emily Brontë, je me suis amusé à procéder à ma propre adaptation en puisant sans vergogne (c'est-à-dire à l'anglaise) dans celles existantes. Je demande quelque indulgence pour la mauvaise qualité des images d'une (re)création que j'espère voir louer pour son reflet des préoccupations écologiques actuelles :
27 novembre 2013