Portrait de William Cowper (1792) – Lemuel Francis Abbott
(Source de l'image : Wikimedia Commons)
Tout au long de sa vie, William Cowper fut en effet un homme tourmenté spirituellement au point de tenter à plusieurs reprises de se suicider.
C’est seulement après ses quarante ans que William Cowper commença à publier. The Task (1785) constitue sa production la plus célèbre. Sur un thème donné par son amie Lady Austen, parente de Jane Austen, il s’agit d’un long poème où William Cowper se lance, de façon humoristique, dans l’histoire de la création du divan avant de laisser libre-cours à toutes ses idées pour célébrer la foi, la nature et le goût d'une existence simple et retirée contre les vanités et les violences humaines. À cet égard, William Cowper s'attaque à l'esclavagisme et aux injustices sociales produites par les débuts de Révolution industrielle. Sur le plan formel, The Task marque de plus une volonté de se dégager des conventions abstraites et froides du classicisme régnant à son époque.
William Cowper remporta aussi un grand succès en Angleterre comme aux États-Unis avec ses Olney Hymns (1779), composés au côté du pasteur John Newton, après qu'il eut embrassé la doctrine évangélique plus ouverte et chaleureuse que les doctrines calvinistes qui le plongeaient jusque lors dans l'angoisse. Sur ce point, une sérénité durable continua toutefois toujours à le fuir.
À The Task et aux Olney Hyms, on peut encore ajouter parmi les créations les plus appréciées de William Cowper, The Diverting Story of John Gilpin (1782), ballade qui conte avec humour les aventures d’un drapier en prise avec un cheval poursuivant une course folle.
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On trouve au moins deux références à William Cowper dans l’œuvre des sœurs Brontë qui en étaient de grandes admiratrices.
Sans que l'auteur de The Task soit nommé, il en est question dans Shirley, le troisième roman de Charlotte, au cours de la scène où Shirley Keeldar et Caroline Helstone se sont mises à l'abri d'un orage au sein du manoir de la première :
« Caroline, retirée dans l'endroit le plus éloigné et le plus obscur du parloir, la figure éclairée seulement par le reflet du feu sans flamme, se promenait de long en large, en se murmurant à elle-même des fragments de poésie gravés dans sa mémoire. »
Des fragments du Naufragé (The Castaway, 1799) en l'occurrence, "Obscurest night involv'd the sky, Th' Atlantic billows roar'd..." (1), à travers lesquels Caroline exprime secrètement sa détresse profonde après avoir vu Robert Moore rejeter son amour.
C’est aussi dans cette scène que Shirley et Caroline discutent de leur goût en matière de poésie :
« Il me semble, Shirley, que nul ne devrait faire de la poésie dans le but de déployer son talent et son intelligence. Qui se soucie de ce genre de poésie ? Qui se soucie du savoir, des mots choisis, en poésie ? Au contraire, qui ne recherche pas le sentiment, le sentiment réel (“ real feeling”), quoique simplement et même rudement exprimé ? »
À l’image de William Cowper, les sœurs Brontë s’attachèrent dans leur œuvre au « sentiment réel » d’une manière à laquelle beaucoup, attentifs avant tout à leurs exacerbations, ne leur ont pas fait justice. Par ailleurs, on peut déplorer que la culture occidentale de notre époque perde de plus en plus le sens du « sentiment réel » au profit du spectaculaire où elle est menacée de se noyer – stupidement.
Pour revenir aux sœurs Brontë, Anne dédia pour sa part toute une composition à William Cowper, To Cowper, dont voici l'entrée en matière mélancolique :
Sweet are thy strains, Celestial Bard,
And oft in childhood’s years
I’ve read them o’er and o’er again
With floods of silent tears (2)
Toutefois, à la différence de William Cowper, Anne Brontë devait finir par faire sa paix avec Dieu comme en témoignent La Locataire de Wildfell Hall et la façon dont elle affronta la maladie et la mort (cf. Les derniers jours d'Anne Brontë).
(1) La nuit la plus obscure recouvrait le ciel / Les ondes de l'Atlantique mugissaient...
(2) Doux sont tes accords, Barde céleste / Souvent, dans mes jours d'enfance /Je les ai lus, encore et encore / Dans des flots de larmes silencieuses.
4 décembre 2013
